L’attention… au cœur de l’attention

Vous pensez peut-être que le mot-clé de ce début de siècle se cache parmi les suivants :
blockchain ; storytelling ; smartphone ; start-up ; SEO ; websérie ; bitcoin ; circulaire ; développement durable ; pollution ; sixième continent ; AI ; RV ; online ; télé-réalité ; subprime ; peapolisation ; hashtag ; data ; etc.

Eh bien vous vous mettez le doigt… dans l’œil. Le mot-clé principal est une notion qui image à elle seule le déclin de nos communications interhumaines. Il s’agit de…

L’ATTENTION

J’ai déjà parlé ici de l’attention. Mais aujourd’hui, parce que le problème s’aggrave, j’en remets une couche.

Le fait d’être attentif demande déjà de ne pas se précipiter. Ce qui est devenu un véritable défi dans une société de la vitesse – thème de prédilection de Paul Virilio.

“Je vais jeter un œil.”
“C’est fait, c’est corrigé.”
“Ok.”
“Ah ! je n’avais pas vu…”

À force, l’inattention fait perdre beaucoup de TEMPS. Pourquoi la plupart des gens aujourd’hui font des fautes d’inattention, souvent assumées d’ailleurs de manière assez décomplexée… ?

Vite vite vite ! On a plein de tâches sur le feu. On agit en pensant déjà à la prochaine ! Sans parler des notifications qui vous sollicitent sans arrêt sur votre écran. On veut montrer qu’on est réactif ? Plus rien n’a le temps d’attendre ?

Le problème est qu’en allant vite, on freine le processus. Une chose par exemple que je n’arrive toujours pas à comprendre : le fait que lorsqu’une toute petite modification est demandée sur un document, par exemple une coupure dans une phrase – qui est par ailleurs correcte et sans fautes – pourquoi diable lorsque vous recevez un email comme quoi “c’est fait !” et que vous ouvrez le nouveau fichier joint, vous voilà encore à soupirer ?

Parce qu’en relisant attentivement, vous découvrez que si la modification demandée a été effectuée, la phrase montre une coquille qui n’existait pas auparavant. Comme par exemple la dernière lettre du mot qui précédait l’emplacement de la modification, emportée dans l’action.

Magie des logiciels de design ? Pas du tout : simplement le résultat d’une inattention.

Précipitation, manque de temps pour penser même à se relire. Ce phénomène récurrent conduit au final à de considérables pertes de temps, et ce, pour tous les protagonistes de la chaîne !

Avec la perte d’attention, la création d’un document confié à un stagiaire ou à n’importe qui d’ailleurs (mais principalement à une génération jeune, écranisée depuis l’enfance) peut très bien prendre une semaine au lieu de deux jours… Vous bouillez alors de tout faire vous-même. Le pire est que cela remet en question la notion de “confiance”.

Oui, il est devenu très difficile de déléguer. Et par conséquent, difficile de faire confiance. À moins d’avoir la main sur l’ensemble du processus de création, vous savez que vous allez perdre un temps précieux à répéter des modifs de modifs…

L’absence d’attention – avec la perte d’exigence du travail bien fait – est devenue la plaie dans le planning de nos activités. Les gens, on le sait, ne lisent plus leurs emails à fond. Alors il faut faire des messages courts, au risque de créer des quiproquos, des incompréhensions.

Combien de fois ai-je reçu des messages avec des questions dont la réponse explicite se trouvait pourtant dans mon email précédemment envoyé !

Pardon, je n’avais pas vu…“. Leur faudrait-il un troisième œil ? On finirait presque par se demander à quoi sert de communiquer dans ce cas.

Aujourd’hui, je sais pourquoi je travaille seule depuis toujours, en freelance. Et pourquoi j’évite de prendre des stagiaires. Ce n’est pas que je n’aimerais pas leur apprendre des choses, au contraire j’aime partager le savoir, mais le temps – précieux – serait également passé à corriger les erreurs d’inattention, que vous n’auriez pas commises si, finalement, vous aviez tout fait vous-même. On ne leur demande pas grand-chose pourtant.

Que faire alors ? Que penser ?

Les Américains répètent depuis qu’ils sont américains (c’est-à-dire à peu près depuis leur arrivée sur ce continent et le massacre des indiens), que time is money. Bien que je ne sois pas adepte de cette formule purement centrée sur le business, je me demande parfois s’il ne serait pas fortuit de créer une “cagnotte” spéciale inattention, tellement cette pratique peut avoir une incidence conséquente sur votre planning engagé !

La question, maintenant, serait de savoir d’où vient ce manque d’attention… Or, il se trouve qu’à ce niveau, la concentration pourrait bien être sa “maman”, comme je crois l’avoir déjà évoqué.

Précision : ce sujet est celui de l’attention habituelle qui diminue chez bon nombre de personnes, pour des raisons multiples, parfois cumulées, liées à l’évolution de nos sociétés technologiques, à la vitesse, au multitasking, au foisonnement d’informations à traiter, à l’écranisation quotidienne, avec zapping, à une concentration qui finit du coup par fait défaut. Il ne s’agit pas de confondre avec le trouble de l’attention ou TDAH, syndrome souvent accompagné d’hyperactivité.

Réflexion supplémentaire (ou Goody) : un ancien stratège de Google dit que la tech déforme notre capacité d’attention — et c’est terrible pour l’humanité

L’attention… au cœur de l’attention
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