Communiquer pour informer, une habitude qui se perd

Dans ce brouhaha communicationnel autant qu’informationnel alimenté par de multiples canaux, la plupart des humains connectés saturent, se perdent en conjecture, s’invectivent, papillonnent, perdent du temps, mettent en favori, écoutent d’une oreille, lisent en diagonal, jugent pour exister, ou attendent le scoop pour réagir sans recul, de manière émotive et surtout sans vérifier l’info.

Et au beau milieu de cette surabondance, souvent au goût de redites, beaucoup de gens confondent encore information et communication. Rappelons les bases :

1 – L’information est un message partagé.

2 – La communication est la façon de partager un message.

1 – L’iNFORMATION

Informer, c’est partager une donnée utile à autrui.
C’est le fait d’apprendre quelque chose à une personne ou à un groupe, pour informer du monde, pour apporter une donnée intéressante, pour cultiver, pour prévenir, pour essayer de convaincre, pour conseiller, aider à décider ou apporter une réflexion.

L’information arbore divers profils et navigue dans plusieurs univers :

La plus courante étant celle de l’actualité, l’info qui passe par un média pour nous donner des “nouvelles”. Internationales, nationales, régionales ou locales, elles sont a priori les plus importantes puisqu’elles peuvent concerner tout le monde. Et, bien évidemment, elles doivent être vérifiées pour authentifier leur réalité, leur véracité. Mais doit-on le rappeler ?

Les données d’une entreprise sont l’essence même qui la fait fonctionner. On parle depuis toujours de “communication interne”, de benchmarking, de veille informationnelle, et aujourd’hui de data. Toutes ces “infos” sont souvent des clés décisionnelles sur le plan économique.

Ainsi de suite.

Et tout en bas, il y a “l’info” la plus informelle qui soit, sauf pour celle ou celui qui la délivre. Un échange entre deux amis : “Ma batterie de mobile est fichue, appelle-moi sur le fixe.” C’est une information pratique de la vie quotidienne, éphémère.

Nous sommes entourés d’information en permanence, quelles que soient leur forme et leur valeur. Les signes sont partout. Lire aussi Mots, sigles, visuels, notre bain quotidien.

2 – LA COMMUNICATION

Communiquer, c’est entrer en contact avec autrui. Soit directement, soit indirectement. C’est le fait d’envoyer un message. Quand on informe, on communique forcément pour transmettre.

Parler, dessiner, écrire, mimer, etc. sont des moyens, des expressions, des langages, que l’on résume par “codes”, et qui permettent de communiquer. Ceux qui ont en commun le même code peuvent se comprendre. La communication est le vecteur.

L’information est une sorte de flux, et la communication le câble par lequel elle passe. On voit bien que si pour la première le flux à besoin d’un vecteur, l’inverse est moins systématique puisqu’un tuyau peut être vide…

La communication est le moyen de présenter et de partager un message quel qu’il soit : pensée, idée, concept, cours, question (réponse), scoop, données, info…
Les supports sont très nombreux et varient selon le contexte. La liste serait trop longue à détailler.

La communication est complexe et présente donc plusieurs aspects ou niveaux. La plus répandue étant le fait de rentrer en relation avec autrui. Ce peut-être un individu, un groupe, un animal, voire un arbre (qu’on entoure de ses bras et qui nous communique son énergie)… Bref, le prisme de cette action est extrêmement large.

Les outils de communication diffusent les messages, mais…

Le ron-ron de l'information

Communiquer n’informe pas forcément

Une info n’est rien si elle n’est pas communiquée. En revanche communiquer ne veut pas dire pour autant que l’on informe…

On peut même parler pour ne rien dire, et cela arrive assez souvent hélas ; à vous de deviner quelles sphères sont les plus touchées.

Il est d’ailleurs de plus en plus fréquent d’entendre une soi-disant information qui en réalité s’avère être une coquille vide.

Dans certains secteurs, on communique beaucoup, c’est certain, mais le message est souvent bien creux, n’apportant que non-sens, langue de bois, voire désinformation.

La “Com” est devenue un concept si banal qu’on en oublie qu’elle possède des outils protéiformes adaptés à un impact voulu, et à une ou des cibles définies. L’image (photo, vidéo, gif…) ayant tout détrôné.

Mais quel que soit le moyen utilisé – la parole (directe ou enregistrée), un courrier, une affiche, une vidéo, etc. –, la grande question reste la suivante : qu’est-ce qu’on dit, à qui et pourquoi ?

Cette décennie a vu augmenter le nombre de messages qui n’apportent rien, qui se répètent ou qui n’ont aucun intérêt majeur. Ils alimentent aujourd’hui une majorité des contenus. Si l’on enlevait 90 % du contenu d’un réseau comme Twitter par exemple, la vie continuerait de tourner et on ne perdrait rien d’utile (au contraire, on économiserait du temps tout en diminuant une consommation d’énergie devenue conséquente pour la santé de planète).

On a du mal à croire que communiquer sert encore réellement à informer intelligemment. Certes, on partage, on discourt, on témoigne (“je” est roi), on débat – tant pis si le fond est stérile –, on s’invective, on buzze, on se clashe, mais rien ne change, n’évolue.

C’est comme si la communication devenait un bruit de fond permanent, saoûlant les neurones de ceux qui en possèdent encore et dont la seule action attendue de leur part est d’adhérer et de consommer.

Et le bla-bla devint ron-ron.

À l’inverse, certains ont parfois des choses intéressantes à dire, mais elles sont tellement mal partagées que leur utilité n’atteint pas la cible – le récepteur. Le message a alors peu de chance d’avoir un impact. Ou alors elles sont si peu nombreuses qu’on les retrouve noyées dans la surinformation.

Il faut alors faire preuve de curiosité pour aller chercher l’information intéressante, qui apporte réellement une réflexion. Il y a des canaux, des médias, des supports qui malgré tout garde de la hauteur. Mais est-ce suffisant quand les Gafa laminent tout sur leur passage ?

Communiquer revêt plusieurs dimensions

On associe le plus souvent l’information à la communication. Mais l’action de “communiquer” n’est pas uniquement réservée au fait de transmettre une donnée factuelle. On communique aussi des émotions par exemple. Une “communication” peut toucher différents sens.

On peut communiquer des passions, des démonstrations, des motivations, sans pour autant qu’il y ait systématiquement derrière un message ou une information. On échange, on communique socialement pour exister, pour partager éventuellement des sentiments.

On ne partage plus forcément une “info”

Les moyens, les outils de communication, n’ont pas tous la même vocation.
Sur Instagram par exemple, chacun déverse son ego narcissique (pléonasme) le plus souvent à travers une photo sans intérêt. Il n’y aucune information utile dans un plat de crevettes posé sur vos jambes pour montrer que vos pieds sont en vacances !

Cela ne relève en aucun cas d’une information au sens premier de sa définition. Cela montre que vous vous faites plaisir, mais ce n’est pas capital pour la survie d’autrui. Au pire, votre photo vient engraisser “l’infobésité”, alourdir les tuyaux et chauffer les data centers, utilisant un peu plus d’énergie, difficilement supportable pour la planète.

Par ailleurs, depuis l’explosion des réseaux sociaux, les partages sont devenus immédiats (tout se vit dans l’instantané, à commencer par l’émotion) ; de l’information, sans aucun recul ni surtout vérification !
Les rumeurs, la désinformation, la propagande, ont toujours existé. Mais les fake news sont vraiment la plaie de cette décennie.

Quant aux technologies, supposées véhiculer du contenu, elles sont devenues si nombreuses, si rapides, parfois complexes, voire instables par fragilité et obsolescence, que l’on finit par ne plus rien retenir.

Une impression, assez déplaisante, parvient alors sinon à nos oreilles, du moins à notre cerveau : un bruit de fond semblable à ces systèmes de ventilation et climatisation.

Communiquer pour communiquer n’apporte pas grand-chose. Or force est de constater que ce brouhaha – émanant principalement de réseaux, à mon avis qualifiés à tort de “sociaux” – atrophie la définition et la valeur même d’une information. On critique, on répond, on commente, on participe, on anime, on lynche même parfois. Mais rarement on élève le débat.

Le monde change, mais attention à ce qu’il ne nous rende pas plus bête, au point de devenir des pâtes malléables qui ne s’offusquent plus de perdre toute liberté d’expression.

Pour pousser la réflexion :
Pour Dominique Wolton, l’incommunication fait partie de la communication humaine
Questions de communication. Dominique Wolton : informer n’est pas communiquer

 

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